1936 : le Front Populaire

1936 : le Front Populaire

Dans les années 1930, la droite française est au pouvoir tandis que la gauche est éclatée en une myriade de partis. L’alliance de la gauche française va être rendue possible par la crise économique qui, à partir de 1931, fait ressentir ses effets en France, l’échec de la politique économique du gouvernement de droite, la montée du fascisme, ainsi que le rapprochement de la France et de l’U.R.S.S. Le Front Populaire est constitué des partis communiste, socialiste (SFIO), socialiste indépendant, radical, des deux confédérations syndicales (CGT et CGTU), de la Ligue des droits de l’homme, du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et d’autres organisations encore.

Léon Blum
Léon Blum

Tout commence donc, en mai 1936, quand le Front Populaire gagne les élections et que, dans la foulée, Léon Blum est nommé à la tête du gouvernement. Pour les travailleurs français, c’est l’occasion d’enfin faire passer leurs revendications. Ils lancent alors un mouvement de grève à travers toute la France. Celui-ci implique près de 2 millions de travailleurs qui vont paralyser le pays et acculer le patronat à négocier. Le 7 juin, le patronat et le syndicat de la CGT signent les Accords Matignon : outre une augmentation des salaires, ils entérinent la semaine des 40 heures et accordent aux salariés deux semaines de congés payés.

L’agitation hexagonale déborde et gagne la Belgique. Les dockers du port d’Anvers arrêtent le travail le 3 juin et sont bientôt rejoints par les mineurs liégeois de La Batterie. Même les syndicats sont surpris par l’évolution de la situation. Finalement, les événements s’enchaînent et, en raison des grèves mais aussi d’un contexte politique particulier (percée des communistes aux élections de mai 1936), les négociations avancent. Le 8 juillet, les congés payés deviennent une réalité dans le plat pays.

Front populaire

Willy Ronis
Willy Ronis

En France, ces conquêtes sont une telle avancée sociale que le 14 juillet 1936 résonne comme une nouvelle prise de la Bastille. Le peuple est dans les rues et, à l’instar de ses amis, Robert Capa, David Seymour et Henri Cartier-Bresson, le photographe Willy Ronis aussi. L’auteur de ce cliché se souvient de cette journée : « J’étais joyeux d’assister à cette fête et d’en conserver des souvenirs. C’était une fête comme on n’en avait jamais connue jusque là. Il y avait beaucoup de monde dans les rues, les gens se promenaient avec leurs enfants, moi je courais à droite et à gauche. J’ai pris le cortège lui même, avec la rangée des élus du Front populaire qui s’avançaient en tête avec, derrière, la foule et, se dressant au milieu, la colonne de la Bastille. Puis j’ai fait des à-côtés, dont cette petite fille, qui avait attiré mon attention, puisqu’elle portait son petit bonnet phrygien, et qu’elle tendait le poing. C’était le poing gauche, ça m’avait un petit peu chiffonné alors j’ai dû m’approcher pour lui demander de tendre le poing droit. J’ai véritablement eu conscience que c’était une photographie symbolique de la journée. »

Cette photo est publiée le mois suivant dans L’Humanité et n’est, alors, pas particulièrement remarquée : c’est avec le temps qu’elle acquerra sa célébrité. La petite fille au poing dressé devient alors une icône qui restera comme le symbole du Front Populaire. Coiffée du bonnet phrygien que sa mère lui avait confectionné, la petite Suzanne Trompette semble incarner une nouvelle Marianne, fille de cette nouvelle République porteuse de tant d’espoirs.

Finalement, l’aventure du Front Populaire tourne court : l’hostilité du monde des affaires, les dissensions internes au Front Populaire, la politique de non-intervention à l’égard de la guerre civile espagnole et des erreurs de gestion, vont forcer Léon Blum à démissionner, en juin 1937. Reste, les avancées sociales et ce cliché. Suzanne Trompette raconte : « Mon père était très heureux car c’était la consécration des victoires sociales obtenues après les grèves. C’est lui qui avait tenu à ce que je participe à la fête avec mes deux frères et ma mère qui m’avait confectionné ce bonnet phrygien, symbole de la liberté. »

Serge SMAL, Institut Liégeois d’Histoire Sociale. Juin 2006.

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