Les Maisons du Peuple

Les Maisons du Peuple

Si les premiers meetings ouvriers ont lieu dès 1836, le Parti Ouvrier Belge (POB) n’est créé que 50 ans plus tard. D’abord éparpillés et isolés, les travailleurs prennent peu à peu conscience de la nécessité de s’organiser et de s’unir pour acquérir des droits politiques et des avancées sociales élémentaires, ainsi que l’accès aux savoirs. C’est dans ce contexte que naissent les Maisons du peuple.

Les débuts

Vooruit
Inauguration du Vooruit (Maison du Peuple de Gand), Carte Postale, 1902, Coll. ALPHAS

Les coopératives et Maisons du Peuple – dont la première « Au Progrès » voit le jour à Jolimont, dans la Région du Centre (1872) – participent au développement de cet élan collectif. Suivent les « citadelles ouvrières » de Gand, Verviers, Liège, Bruxelles… qui affirment la puissance grandissante du mouvement socialiste. On y développe une multitude d’activités éducatives et récréatives.

 

Une belle histoire vécue
Une belle histoire vécue, Tract publicitaire pour la Coopérative de la Maison du Peuple de Bruxelles, s.d., Coll. ALPHAS

Entreprises de production et/ou de distribution qui reposent sur le principe de libre adhésion des membres et sur la redistribution équitable des bénéfices, les coopératives servent de vitrine et de ressources financières au mouvement socialiste. Elles prennent plusieurs formes : boulangerie (pour alimenter les grévistes), filature de coton, carrière de pierre, charbonnage, Maison du Peuple, supérette…

Les différentes Maisons du Peuple contribuent largement à donner une identité à la classe ouvrière. De tailles différentes, fortes et monumentales dans les villes, plus petites dans les villages ; de pierres ou de briques, elles s’inscrivent dans le paysage local.

 

Bibliothèque
Recommandations faites au lecteur de la Bibliothèque Populaire de la Centrale d’Education Ouvrière de Seraing, s.d, Coll. ALPHAS

Composée d’au minimum une salle de café, elles permettent aux différents mouvements ouvriers de se réunir. Des salles de spectacle et de cinéma, des classes, des bibliothèques, des espaces de réunions contribuent à émanciper celles et ceux qui les fréquentent. Le mouvement ouvrier socialiste accorde une grande importance aux symboles. Façades massives, drapeaux, Mariannes, fresques, statues… traduisent l’engagement des Maisons du Peuple et assoient les valeurs socialistes.

Maison du Peuple de Seraing
Maison du Peuple de Seraing, n°114, rue Smeets, Gros Plan extrait d’une Carte Postale, s.d., Coll. ALPHAS

Les Maisons du Peuple, tout au long de leur histoire, ont contribué à la naissance d’un autre monde. En hébergeant les activités des différentes branches du mouvement socialiste, elles ont largement relayé les luttes et participé à la construction des revendications pour le Suffrage Universel, les « Trois fois Huit », les congés payés, l’instruction obligatoire, l’abolition du travail des enfants, l’augmentation des salaires, la Question Royale, le Pacifisme, la lutte contre le fascisme, la Liberté syndicale et les lois de protection sociale, l’Egalité salariale homme-femme, la Régionalisation, les Réformes de structures… 

 

 

Le déclin et ses causes

Action Commune
Action Commune : source d’où jaillit notre pouvoir, Affiche du 1er Mai 1956 – Imprimerie de l’Union Coopérative de Liège. Original IEV, Reproduction ALPHAS

Le temps passe, les gens changent, les Maison du Peuple disparaissent peu à peu… Les causes de leur déclin sont multiples :

  • Economiquement : certaines, pour lesquelles l’équilibre financier reposait sur les ciné-clubs, mettent en avant la concurrence des complexes cinématographiques et de la télévision. D’autres pensent que la fermeture et la vente des magasins coopératifs suite au développement des grandes surfaces commerciales entraîna par conséquent celle des Maisons du Peuple.
  • Structurellement : l’affaiblissement de l’Action Commune socialiste avec le choix d’indépendance des différentes branches du mouvement a quelque peu enlevé aux Maisons du Peuple le rôle de « trait d’union » entre le mouvement éducatif, la Mutualité, le Syndicat, l’Union Coopérative et le Parti.
  • Sociologiquement : l’évolution des mentalités, l’individualisme grandissant, la mémoire altérée des luttes sociales, le fatalisme, le découragement et la perte du sens du collectif témoignent des effets de la mondialisation économique et financière.
  • Certains défis des Maisons du Peuple perdurent à travers les missions de démocratisation et de démocratie culturelles poursuivies par de nombreuses associations et, dans la pluralité, par les Centres Culturels notamment.
Fin des Maisons du Peuple
Maison du Peuple de Poulseur, Coll. Jean Moors : Bâtiment classé par la Région wallonne, elle abrite aujourd’hui une bibliothèque, une salle de spectacle et une salle de cours.

Aujourd’hui, si certaines Unions Socialistes Communales restent propriétaires de leur Maison du Peuple, la Centrale Générale de la FGTB, via l’asbl les Travailleurs Réunis, participe aussi activement au maintien et au développement de l’idéal socialiste. Cette association a acheté et gère une dizaine de bâtiments – anciennes ou nouvelles Maisons du Peuple – à Engis, Haccourt, Herstal, Hermalle, Lixhe, Retine, Verviers, Villers-Le-Bouillet, Waremme, Fléron, Cheratte et Liège. Soutenus par la mutualité socialiste Solidaris et la Fédération liégeoise du PS, Marc Goblet, son président, a tenté de relancer, en plus des cafés populaires, les magasins du peuple.

NB : A ce sujet, signalons également le livre La Belle Epoque des Maisons du Peuple en Province de Liège, écrit par Jean Moors, en collaboration avec ALPHAS ! Cet ouvrage est en vente au prix de 15 € auprès d’ALPHAS et de l’auteur lui-même (Cité Aulichamps, 44, 4460 Grâce-Hollogne, Tél : 04/233.51.99, moorsjen@skynet.be).

 

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